Sujet: Un jeune adolescent métis qui a grandi en France est confronté aux croyances et pratiques de la sorcellerie dans un village d'Afrique noire où tout le monde semble avoir pété un câble. Bien que non sorcier (ou Dormeur), il hérite d'un sac magique destiné à "assainir" le village par ses soins.
Titre du chapitre: "Opération zéro foetus"
"Après la livraison du corps de Nkatefoé le catéchiste, le Zizanik commença sa virée, maison par maison. Un écran de contrôle montrait les images de gens éveillés ou endormis. Aucun Dormeur ne pouvait apercevoir ni percevoir l'appareil ou la lumière de ses puissants projecteurs. Seules les bêtes du village, troublées dans leur sommeil, criaient de façon inhabituelle (pour une nuit supposée aussi calme). Ce qui rendait les occupants du Zizanik ( l'hélicoptère de sorciers) survoltés. Ils aimaient bien provoquer un certain désordre nocturne parmi ces gens qui confondaient nuit et repos.
- Tiens, tiens, Bekono s'est chopé un huitième fibrome. Regarde! jubila Pius en montrant un point sur l'écran de bord.
- Pauvre femme, ça lui fait un fibrome par an, commenta le sorcier en chef. A ce rythme-là, elle va finir par se construire un beau gratte-ciel en fibromes. Tiens, note-moi ça dans le répertoire de Mazu (le hibou du chef) que voici, Junior. J'en profiterai pour annoncer à la dame qu'on lui a lancé un autre sort dans le bas-ventre. Elle n'est pas loin de sa prochaine crise.
- Tu es trop fort, chef! acclama Junior en prenant des notes.
Bebey s'était assis entre les deux. Vu qu'il était invisible (grâce à son sac magique), cette position ne le gênait guère. Il songea un instant à tout saboter tout de suite. Mais cela n'allait pas leur apporter des preuves contre Kongossa. Il faudrait absolument parvenir jusqu'à Trimeville (la capitale des cruels sorciers) afin d'en savoir plus sur les gens que le sorcier vendait à la BAVECONAR, et agir au mieux.
Son attention revint sur Junior, qui apprenait à piloter et à manipuler les nombreux boutons qui commandaient des tubes fixés sur les flancs du Zizanik. Ces bouteilles contenaient des produits ou des larves de bestioles hautement pathogènes. Il s'agissait d'armées de moustiques, de gaz de zizanie, de cauchemars et d'idée noires, pour ne citer que ceux-là.
- Et si j'appuyais sur le bouton qui distribue les filaires, chef? suggéra le jeune sorcier d'un ton suppliant.
- Du calme, fiston! dit Kongossa. Nous sommes des Wulalus (méchants sorciers) intelligents, nous agissons donc en conséquence. Aussi provoquer des filarioses m'obligerait à préparer quelque explication mystiquement tordue qui justifierait la guérison. Ce qui me permettrait de tirer mon épingle du jeu. Or notre préoccupation dès cette nuit doit rester l'ennemi à éliminer à tout prix. Alors ne nous dispersons pas!
- "Quel crâneur! marmonna Bebey"
Un silence s'ensuivit dans l'appareil qui rasait les toits des maisons en continuant à filmer, à analyser les images et à bombarder les Dormeuses en cloque ou en âge de procréer.
- Appuie sur le bouton FV (fécondité en veille) pour la demoiselle, indiquait parfois le chef à son petit protégé. Et ensuite, choisis la durée... mettons systématiquement un an (de non-reproduction) pour toutes ces femmes; le hibou psy (de Mazu) a parlé d'un an... Parfait!
Junior aurait bien aimé vaporiser quelques maladies également. Kongossa lui en fit la promesse:
- Bon, dès que tout rentrera dans l'ordre, tu pourras dispatcher à ta guise notre belle variété de moustiques enragés dont la piqûre donne une forme de paludisme assez originale. Il te suffira d'appuyer sur ce bouton rouge.
En même temps que Junior, Bebey lut "mosquito débilus" sur le bouton concerné. "Quel tueur né! songea-t-il", alors que le petit Wulalu, lui, s'extasiait:
- C'est bien vrai? Jure-le-moi! Allez, jure-le, chef!
- Promis, juré. Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais au Ciel! fit Kongossa.
- Oh merci, grand nombril.
- Hop là, voilà Messina de nouveau enceinte! Et comme elle est dormeuse, il va falloir torpiller l'affaire, constata (la sorcière) Teckla, s'étirant le cou et les cornes vers l'écran.
Celui-ci affichait en effet l'image d'une forme féminine enceinte couchée en chien de fusil. Kongossa immobilisa l'hélico au-dessus de la maison et attrapa une manette. Un curseur se glissa alors sur l'écran et, lorsqu'il fut bien centré sur la cible, il appuya sur le bouton de destruction sur la manette. Dans la seconde qui suivit, ils (les passagers du Zizanik) virent la femme se redresser brusquement en se tenant le bas-ventre. Elle criait de douleur. Pas de doute: l'objectif était atteint. Les passagers de l'hélicoptère crièrent victoire avant de passer à la maison suivante.
Plus que scandalisé, Bebey escargophona à Tchou'xi:
- "C'est du crime organisé, lança-t-il. Je sais bien, Tita affirme qu'il est urgent de contrôler les naissances dans cette région, mais pas de cette façon-là!"
- "Calme-toi, nous demanderons au sacord de remettre les choses à leur place, lui rappela Tchou'xi. Aie confiance!"
- "Tu as raison. Ca va, sinon? T'as pas froid?"
- "Ben, non. Vu que tout est magique chez les Yabas, je ne sens même pas que j'ai le nombril à l'air dans leur costume"
Peu après leur conversation, ils se retrouvèrent dans la clairière (aux sorciers): la tuerie était terminée.
Cette nuit-là, pas moins de dix-sept grossesses découvertes chez les Dormeuses de Zézessi par la clique de Wulalus de Kongossa furent détruites. Dès que le groupe se dispersa, les deux petits espions, tremblant de rage, se ruèrent vers la bicoque et héliciphonèrent à Tita. Dans un discours assez décousu, ils informèrent le (vieil homme) que des vies étaient en suspens. Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent à bord d'un des avions de ce dernier. Il leur avait donné des instructions précises... et leur avait déjà appris à piloter plusieurs de ses avions qui étaient toujours représentés par des maquettes dans une vitrine (de son atelier). Celui qu'empruntèrent les enfants était à réacteurs. La partie inférieure leur permit de fixer des bouteilles de liquide antiavortement fournies par le sacord et, sans tarder, ils s'envolèrent vers la Grande Zézessi. Sans bruit et les commandes d'invisibilité activées, ils opérèrent en un quart d'heure. Tchou'xi pilotait tandis que Bebey s'occupait d'enfumer l'air de produit grâce à une télécommande.
Il était cinq heures du matin lorsqu'ils regagnèrent enfin leur logis souterrain. Bien qu'ensommeillés, ils rapportèrent à Tita tous les détails de ce qu'ils avaient vu, compris et entendu durant la nuit. Et tous les soupçons du vieux Wulalu (de génie) se recoupaient parfaitement:
- Je me doutais bien qu'il existait un rapport entre ces gens et le taux de natalité trop élevé depuis dix ans dans la région, dit le vieil homme, Kongossa se fabrique une clientèle. Mais avant tout, ce que vous avez vu cette nuit démontre que ces gens sont de dangereux bons à rien, des incapables qui s'agitent dans le vent de leur cruauté. Ils tuent et se trémoussent bêtement la nuit autour des tam-tams.
- Autre scoop, ajouta Bebey. Son altesse nombrilissime prétend que le dangereux ennemi, moi en l'occurrence, compte éliminer trois Rhésus M (sorciers cruels ou méchants) très bientôt. Juste pour dissuader les résistants éventuels, dit-il.
- C'est du tout cuit pour vous! s'exclama Tita. Car ça laisse entrevoir qu'il compte liquider trois de ses adeptes. Faites en sorte de le coincer avec ça. Toutefois, si ce sont ses Wulalus, sachez que vous ne pouvez rien pour les sauver. Sans doute a-t-il déjà perçu de l'argent de la BAVECONAR. En tout cas, parlez-en au sacord (magique) et tâchez d'élargir la brèche.
Bebey promit de tout faire avec Tchou'xi pour ça..."