L'Onirothèque de Quentin Cumber, Volume 1

[troisième édition]

On pourrait croire que les rêves reflètent la réalité. Ils ne font qu’en exploiter les données selon des modalités qui leur sont propres. Certains pensent qu’ils résultent du ménage que fait régulièrement le cerveau de ce qui l’encombre, un peu à la manière des ordinateurs qui, à intervalles réguliers, signalent les fichiers devenus inutiles avant de les supprimer à jamais. Un rêve serait dans ce cas l’évacuation de scories et en même temps leur rappel au cas où le sujet conscient voudrait les conserver. D’où ce genre de recueil, lequel, comme tant d’autres, n’a rien de remarquable.

Pourquoi alors le publier? Car il ne faut avoir aucune pudeur pour livrer à autrui la face cachée de soi-même, celle dans laquelle le moi s’ébat sans contrôle dans un monde de fantasmes absurdes où il se retrouve dans des situations compromettantes et ô combien révélatrices de ses désirs inavouables. Au réveil, le dormeur ingénu se demande comment il se fait que son esprit soit hanté par de telles bizarreries, de telles horreurs ou de tels plaisirs indicibles.

En fait, chaque être humain a toute une collection d’envies insatisfaites. Certains préféreraient mourir plutôt que de les révéler car ils sont persuadés d’être uniques. Quelle illusion! Nous sommes tous logés à la même enseigne, celle de l’auberge espagnole légendaire où l’on ne consomme que ce qu’on y apporte et où chacun apporte la même chose.

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